Alors que les initiatives en faveur d’une paix définitive dans l’Est de la République Démocratique du Congo se multiplient à l’externe, à l’interne, l’actualité politique reste dominée par des appels au dialogue national inclusif. Et si le pouvoir semble hésité encore, l’opposition quant à elle, reste ouverte à cette initiative, considérée comme complémentaire aux processus de Doha, de Washington et de l’Union Africaine (UA).
Dans cette interview accordée à nos confrères d’ouragan.cd, l’acteur politique congolais, le professeur Michel Bongongo a largement décrypté les sujets d’actualité et donné ses pistes pour la réussite du dialogue national inclusif qu’il dit soutenir mais sous l’égide du Chef de l’Etat Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo.
Processus de Doha et Washington, médiation angolaise, pacte social du couple CENCO-ECC, décrispation du climat politique et bien d’autres sujets, l’ancien ministre du budget et de la fonction publique en parle.
Question I : Pensez-vous que Luanda peut jouer un rôle majeur dans l’organisation d’un dialogue national inclusif ?
Tout pouvoir, en l’occurrence, un pouvoir d’Etat, fonde la pertinence de ses actions sur sa gestion et sa maîtrise rationnelles des informations les plus diversifiées qu’il recueille, pour décider la voie à suivre pour sortir son pays et son continent de la crise multiforme qu’il traverse. C’est le cas des présidents Joao Lourenço d’Angola et Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, de la République démocratique du Congo, qui s’activent, fort heureusement, depuis quelques semaines, à consolider l’initiative de paix en RDC, notamment dans le cadre de l’organisation vivement souhaitée du dialogue national inclusif. À la suite de leurs rencontres fructueuses, nous notons également, avec satisfaction, les réponses en majorité positives aux différentes invitations que le président angolais a lancées, notamment au président honoraire Joseph Kabila Kabange, aux délégués de l’opposition politique et armée, ainsi qu’à ceux de la CENCO et de l’ECC. Tous ces événements d’importance politique présentent une lueur d’espoir : une lueur d’un nouvel esprit, fait de dépassement de soi qui commence à poindre à l’horizon, si bien que Luanda semble devenir progressivement le carrefour des rencontres officielles et informelles autour de la problématique de l’organisation du dialogue national inclusif. Ce qui est très bonne chose pour notre pays.
Question II : Si c’est l’Angola qui doit organiser le dialogue, que devient alors le Pacte social pour la paix des catholiques et protestants ?
Le Pacte social pour la paix ne peut disparaître. En effet, au nom de la doctrine sociale de l’Église et animés d’une détermination sans pareil de voir l’exigence de la justice sociale devenir une réalité sociale quotidienne, au service de la population congolaise désemparée et désespérée, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC) ont produit une œuvre non-négligeable, pastorale, sociale et intellectuelle, de mobilisation populaire des consciences nationales, qui font du pacte social pour la paix une dynamique sociale pérenne, impliquant des citoyens pour la paix durable dans notre pays. Cette dynamique sera inévitablement une force motrice et une base incontournable pour le dialogue national inclusif.
Question III : Les chefs catholiques et protestants ont été reçus par le président Lourenço. Quel rôle doivent-ils jouer, s’ils ne sont pas aux commandes des pourparlers?
S’ils ne sont aux commandes des pourparlers annoncés, les chefs religieux précités, de par leurs missions et vocations, ils sont naturellement appelés à jouer le rôle crucial d’influence morale, de mobilisation citoyenne des communautés autour d’une vision de réconciliation nationales, le rôle de pression bienveillante sur les secteurs politiques, le rôle de ponts entre les différentes camps politiques qui souffrent encore du climat de méfiance entre eux. Par ailleurs, il me semble qu’au regard de la complicité des courants et tendances socio-politiques, économiques et culturels en présence dans notre pays, il serait judicieux de mettre en place un bureau de l’organisation du dialogue, dans lequel pourraient siéger notamment : Les délégués des confessions religieuses ;
Les délégués de la majorité au pouvoir ;
Les délégués de l’opposition radicale ;
Les délégués de l’opposition pro-pouvoir ;
Les délégués de l’opposition républicaine ; Les délégués de l’opposition armée ; Les délégués de la Société civile ;Les délégués des experts indépendants. Ainsi, l’on pourrait espérer à réussir de préserver l’esprit de cohésion et d’unité nationales qui doit prévaloir tout au long des travaux du dialogue national inclusif.
Question IV : Leur mise à l’écart dans le rôle central des discussions sera-t-elle un handicap pour le bon aboutissement des travaux ?
Je ne pense pas. Bien au contraire, la participation active et engagée des partisans du Pacte social pour la paix contribuera au bon déroulement des travaux et à la réussite du dialogue national inclusif.
Question V : Qu’est-ce qui changera en termes de résultats attendus, si les étrangers pilotaient le dialogue parce que bien avant, il y avait Sun City, aujourd’hui Doha ?
De par notre propre volonté, à cause de nos erreurs flagrantes de convivialité et de déficit considérable de sociabilité entre nous congolais, la suspicion et la méfiance ont solidement élu domicile dans nos rapports entre nous congolais. Comme la sagesse africaine millénaire de l’arbre à palabre nous le recommande, nous avons besoin aujourd’hui des frères et amis non congolais qui puissent nous aider à sortir de cet embarras. Il n’a rien d’humiliant d’écouter les conseils d’un frère ou d’un ami. Ceci ne signifie pas que ce sont des étrangers qui vont dicter aux Congolais la conduite à suivre durant le déroulement de ces assises. En réalité, les résultats attendus par la population congolaise seront le produit des énergies intellectuelles, morales et spirituelles dégagées par des congolais eux-mêmes.
Question VI : Si le dialogue devait se tenir à Kinshasa, comme l’exige le gouvernement, les préalables seraient-ils posés pour rassurer toutes les parties ?
Dans l’hypothèse gouvernementale relative à l’organisation du dialogue à Kinshasa, il me semble que deux préalables majeurs s’imposent à savoir :
–Amplifier les campagnes de mobilisation et de conscientisation visant à l’amélioration très sensible du climat lié à la sécurité des biens et des personnes ;
–Mettre un terme au climat de méfiance généralisée entre les congolais.
Question VII : Pour Kinshasa, c’est Kabila et Katumbi qui ont sollicité le dialogue via Lourenço. Quelle est la portée politique de ce message ?
S’il s’avère que ce sont le président honoraire Kabila et Monsieur Katumbi qui ont sollicité la tenue du dialogue via le président Lourenço, l’attitude affichée et la décision prise par le président de la République démocratique du Congo d’annoncer publiquement la tenue du dialogue national inclusif sont à son honneur. En effet, en tant que garant de la nation congolaise, il a accepté, avalisé cette proposition, et est allé à plusieurs reprises conférer avec le président Joao Lourenço d’Angola. Nous devons tous féliciter le président de la République. Il est vivement souhaitable qu’il continue dans cette voie de réconciliation, de cohésion et d’unité nationales.
Question VIII : Avant tout dialogue, “Sauvons la RDC” exige la décrispation politique, la libération des prisonniers politiques et le respect du cessez-le-feu. Voyez-vous le gouvernement intégrer ces revendications ?
Les trois revendications énumérées par Sauvons la RDC sont entièrement pertinentes. Néanmoins, l’exécution de ces trois revendications ne concerne pas seulement le gouvernement, mais aussi « Sauvons la RDC. Il y a donc lieu, au nom de la cohésion et de l’unité nationale, au nom de la paix, que chaque camp s’emploie à remplir ces exigences idoines.
Question IX : Quelles concessions toutes les parties doivent faire avant d’aller sur la table des négociations ?
Comme cela s’est produit plusieurs fois dans l’histoire politique de notre pays, au nom de l’esprit salvateur de la cohésion et de l’unité nationales qui doit nous habiter tous, nous devons notamment, enterrer la hache de guerre et celle de la violence verbales entre les deux camps, celui de la majorité du pouvoir et celui de l’opposition ;
Faire preuve de dépassement de soi, par exemple, par l’organisation d’une rencontre préliminaire entre le président de la République et les leaders de l’Opposition, en commençant par la rencontre entre le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo,et le président honoraire Joseph Kabila Kabange. Ces rencontres donneront le go pour la dissipation progressive de la méfiance généralisée dont souffre notre pays, et permettra d’aller sur la table des négociations avec un esprit de communion retrouvée.
Question X : Le M23 doute de la médiation angolaise. Est-ce un signe de blocage ?
Je pense que c’est l’expression habituelle des soubresauts liés au processus des négociations, au cours desquelles chaque partie tente de s’assurer que ses préoccupations sont prises en compte et que ses intérêts sont garantis.
Question XI : Le mouvement rebelle sera-t-il associé aux pourparlers à ses conditions ou à celles du gouvernement ?
Je crois qu’il ne faut pas baisser les bras, ni désespérer. Il faut plutôt continuer à multiplier les contacts, de manière à créer et à implanter un climat qui puisse conduire à la sincérité des actes à poser par les uns et les autres, au nom de la cohésion et de l’unité nationale.
Question XII : Si le M23 répond favorablement à Luanda, faut-il abandonner Doha ?
Je pense qu’il ne faut pas mettre une croix au processus de Doha. Il importe, bien au contraire, d’utiliser les résultats positifs de Doha, pour consolider les étapes suivantes qui nous acheminent vers la cohésion, l’unité nationale, la paix définitive.
Question XIII : Doha, Washington et Kinshasa sont-ils tous nécessaires ?
Je suis profondément convaincu que la complexité de la situation socio-politique, économique et financière, géopolitique et stratégique actuelle impose la nécessité de la permanence des trois processus de Washington, de Doha et de Kinshasa pour le retour à une paix durable en République Démocratique du Congo.
Fin de l’interview.


















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